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Prises d’otages : Des preneurs d’otages tchadiens démasqués à Yagoua

Par salomon.kankili  Mardi 15 juin 2010 

 

Une vague d’accusations et de témoignages fracassants ont mouvementé la récente tournée du gouverneur de l’Extrême-Nord (Gr/ En) dans le Mayo-Danay. Le plus virulent de tous est sans doute celui de Laba Kampete, maire de la commune de Guere. D’après lui, « c’est un problème à prendre au sérieux. Tous les  éleveurs peulhs ont fait l’objet d’un enlèvement de leurs progénitures ces derniers mois. Il faut se dire les vérités en face, ce sont des soldats de l’armée tchadienne en tenue régulière qui ont quitté la frontière pour s’installer à l’intérieur du territoire national. Ils viennent et prennent en otage les familles des bergers et demandent des rançons de plus de 2 000 000 Fcfa. Quand c’est fait, les même soldats tchadiens reviennent et reprennent les même otages(…) après les bergers peulhs qui sont en train de fuir les villages frontaliers, les preneurs d’otages vont se retourner sur le peuple massa », redoute le magistrat municipal. Et d’enfoncer le clou, « Les éléments du Bir et même ceux de la gendarmerie qui le savent bien sont impuissants devant eux. Surtout qu’ils ne sont pas suffisamment équipés… ».

 

Approché, le maire de Yagoua observe que « la plupart des attaques ont lieu à Guéré et Gobo (arrondissent du Mayo-Danay) et ce sont des zones très reculées. Il se pose un problème de communication dans ces localités. Disons qu’il ne se passe pas deux semaines sans qu’il y ait attaques des ravisseurs avec prises d’otages. Les populations désertent les frontières pour être en sécurité. Ceux qui attaquent, ce sont des Tchadiens ! », accuse Fissou Kouma. Le maire de Yagoua indique davantage que « ces derniers mois à Yagoua, nous vivons le phénomène de braquage des motos. Des gangs sévissent dans la ville. Les effectifs du BIR sont renforcés vers les frontières mais les moyens matériels sont insuffisants et inadaptés. Il faut des moyens adéquats voire, la création d’une base militaire à la frontière », suggère-t-il.

Ces imputations, ô combien alarmistes ont suscité un véritable tollé lors de la séance de travail (3 juin 2010) convoqué par le Gr/ En sur les difficultés que vivent les populations du Mayo-Danay. La presque totalité des points évoqués ce jour ont fait la part belle à l’insécurité transfrontalière et notamment l’incursion avancée des soldats tchadiens sur le sol camerounais. Les accusations graves de prises d’otages qui seraient l’apanage des soldats tchadiens, inquiète l’ensemble des autorités administratives locales. Le préfet David Koulbout Haman en a déjà fait sa préoccupation.  Joseph Béti Assomo lui, préfère jouer la carte de la prudence, « les présidents Paul Biya du Cameroun et Idriss Débi Itno du Tchad entretiennent d’excellentes relations d’amitié, de fraternité et de collaboration ». Le gouverneur reste néanmoins convaincu qu’ « il survient parfois incidents, des actes de banditisme, des provocations diverses de part et d’autres ».

 

Focal: Hier coupeur de route, aujourd’hui preneur d’otages

Devant tant d’animosités (exécution sauvage des otages) faute de rançon et diverses autres tueries, il convient de jeter un regard sur la montée en puissance du phénomène de prise d’otages dans les régions septentrionales. Le constat sans appel est que le phénomène de « coupeurs » de route semble progressivement faire place à un nouveau fait : la prise d’otages. Celle-là, plus moderne (en témoignent les films policiers de l’heure), s’avère être le moyen de pression le plus efficace et le plus rentable pour les ravisseurs. La mort du phénomène de coupeurs de route au profit de la prise d’otages n’explique-t-elle pas le combat acharnée des forces du maintien de l’ordre (FMO) ces trois dernières années ? Assurément !, croit savoir Dairou Greng, un ressortissant du Mayo-Dany : «Les coupeurs de route se transforment en preneurs d’otages parce que leur objectif est d’amasser beaucoup d’argent et des objets précieux. Ces malfaiteurs vivent avec nous tous les jours. Ceux qui en sont les victimes sont soit bergers, soit commerçants. Les preneurs d’otages n’ont pas pitié, ils tuent de sang froid si vous ne leur versez pas de rançon ».

Le fait est aussi simple que regarder. Il se trouve que les voyageurs du Grand nord ont appris et adopté qu’il n’est pas prudent d’aller d’une ville à une autre avec sa bourse sur soi. Les chiffres d’affaires et les opérations de nos banques et autres agences express d’envoi et de réception d’argent le prouvent à suffisance. En outre, ceux qui autrefois portaient  leur « tchédé » (Ndlr : l’argent) sur eux, le gardent désormais dans les Sarés. C’est pourquoi, que de mener une opération infructueuse et périlleuse sur nos routes truffées de flics, les braqueurs et autres ravisseurs préfèrent désormais aller le chercher chez leurs propriétaires.

 

 Le Messager