Les ouvrages théoriques bizarres naissent régulierement au moment ou les révolutionnaires fatigués de la pratique se décident a les écrire. L’exemple du colonel Muammar al-Kadhafi, le Grand Chef de Libye, démontre que les gens qui ont tendance a décider le présent et l’avenir tirent la légitimité pour le faire de leur passé. Mais, Kadhafi n’est pas un théoricien typique formé par l’uniforme militaire, les paroles révolutionnaires et ses propres portraits parce que son Livre vert est plus court que les discours les plus brefs de Castro - on peut le lire en une heure ou deux, et parce qu’il est beaucoup moins prétentieux que, par exemple, ‘’Les directions du développement de l’autogestion socialiste’’ de Kardelj. Malgré le volume modeste de 85 feuillets, son livre aurait pu etre plus court si l’auteur avait supprimé les constatations compréhensibles d’elles-memes (telles que : ‘’L’homme ne peut pas tomber enceinte, donc, il est naturel qu’il ne peut pas accoucher’’. Le livre aurait pu etre plus long si les questions plus complexes, telles que le role du Grand Chef dans l’Etat des masses – Jamahiriya, avaient été laissées a la réflexion des lecteurs. Dans le livre, Kadhafi présente ‘’la démocratie directe’’ en Libye, a savoir le fonctionnement du pouvoir au moyen des congres nationaux, des conférences et des comités populaires, des syndicats et des associations professionnels, en passant sous silence son role inviolable de Grand Chef durant 32 ans et le role des comités révolutionnaires représentant son bras armé idéologique. Le nom de Kadhafi n’est mentionné qu’une seule fois comme l’auteur du Livre vert.
Le Livre vert qui représente le mélange de l’économie politique simplifiée de Marx et des normes religieuses avec ses propres ajouts, surtout dans la troisieme partie intitulée ‘’les Fondements sociaux de la Troisieme théorie universelle’’, a été traduit dans 55 langues, bien sur, aux frais de la Jamahiriya, a été distribué gratuitement et n’a pas été soumis aux critiques nationales, compte tenu qu’en Libye il n’y a pas de censure. La censure n’est pas nécessaire parce que les Libyens ne vérifient pas l’application pratique du point de vue théorique de Kadhafi sur le droit a la folie (‘’L’homme indépendant est libre de s’exprimer; meme s’il se comporte comme un fou il a le droit d’exprimer sa folie’’.)
Kadhafi admet d’une maniere théorique l’expression des points de vue d’un individu indépendant dans les médias, en utilisant sa comparaison préférée avec la folie: ‘’Cependant, il a le droit de s’exprimer de n’importe quelle maniere, meme si c’est d’une maniere folle pour exprimer sa folie’’. Mais, en meme temps il interdit l’utilisation pratique du droit a la folie. Pendant qu’il opte pour la propriété privée dans sa doctrine socialiste en utilisant des comparaisons originales (‘’Le propriétaire des vetements a qui tu les empruntes se mele de ta propre vie, parce qu’il peut te déshabiller et te laisser nu au milieu de la rue. Le propriétaire d’un moyen de transport se meme aussi de ta vie en te laissant au bord de la route, ainsi que le propriétaire de l’appartement qui t’en expulse.’’), la propriété privée des médias lui est inconcevable parce que ‘’la presse est un moyen d’expression appartenant a la société et en tant que telle elle ne peut pas appartenir a un individu ni indépendant ni social’’.
En étant conscient du role des médias dans le maintien de son pouvoir, Kadhafi pense que la presse doit etre l’expression collective de la société de laquelle il est le Grand Chef et qu’il faut une pensée unique pour que le Grand Chef existe. C’est pourquoi il s’efforce de ‘’transmettre’’ aux masses populaires de Jamahiriya de tels points de vue au moyen de ses réflexions théoriques : ‘’Si un homme possede un journal cela signifie que ce journal est sa propriété privée et, par analogie, ce journal ne peut pas exprimer l’opinion publique. Un tel journal n’exprime que l’opinion de cet homme indépendant. Dans une démocratie on comprend qu’il est inadmissible qu’un individu possede n’importe quel moyen d’information ou d’édition.’’ Kadhafi théoricien s’arrete la et n’explique pas ce ‘’on comprend’’, puis il définit la presse démocratique : ‘’La presse démocratique est une presse dirigée par des comités populaires ou tous les secteurs sociaux sont représentés, a savoir des syndicats ouvriers, des organisations de femmes, des confédérations syndicales, des associations de paysans, d’employés, d’artisans… et d’autres catégories sociales. C’est seulement dans ce cas que la presse ou tout autre moyen d’information pourra etre l’expression de toute la société, et présenter une presse démocratique, c’est-a-dire, un média démocratique.’’
Le Livre vert aborde également le probleme de la liberté de la presse et c’est la ou se trouve la conclusion de Kadhafi la plus valable : ‘’Le probleme de la presse qui jusqu’ici n’a pas été résolu dans le monde est le résultat du probleme général de la démocratie’’. Et au lieu de trouver une solution, Kadhafi donne une réponse laconique : ‘’La solution de ce probleme compliqué, a savoir du probleme de la démocratie, peut se trouver uniquement dans la Troisieme théorie universelle’’. Bien sur c’est sa théorie dans laquelle figurent des phrases comme celle-ci : ‘’Il est incontestable et indubitable que l’homme et la femme sont des etres humains.’’
Lorsque les grands chefs comme le colonel Kadhafi commence a enseigner la démocratie, ils sont d’une facon justifiée condamnés a la contradiction. Ainsi, la phrase la plus sympathique de son Livre vert : ‘’Obliger un homme a apprendre une matiere représente une forme de dictature’’ est confirmée de maniere caricaturale dans le Centre international d’ études et recherches du Livre vert a Tripoli ou il est étudié avec acharnement.
Goran Vezic
Source : Media Online