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Crashs aériens : Dieu protège les passagers africains

 

Toute sa vie, il restera une attraction, ce jeune garçon de cinq ans auquel la providence avait tendu, pendant des heures, un radeau invisible sur l’océan. Il voyagera, sans aucun doute, gratuitement, sur toutes les lignes, s’il a encore le cœur à voyager. Et le miraculé sera une sorte d’oracle devant lequel s’agenouillera une culture qui aime les signes.

Et bien entendu, dans leurs sermons, les prêcheurs africains n’en finiront pas d’exploiter l’odyssée singulière du rescapé. Mais les « frequent flyers » eux, comme on dit dans le langage très anglo-centrique de l’aviation, ne manqueront pas d’avoir une petite pour Airbus. Puisque c’est la deuxième fois en moins de deux mois que deux des appareils du concurrent de Boeing, le 310 et le 330 crashe en mer avec tous leurs passagers.

L’Atlantique commençait, à peine, à livrer ses versions sur l’hécatombe de juin entre Rio et Paris que l’Océan indien prend la relève. Avec un bilan humain certes moins lourd que le vol d’air France et une cause probable bien moins mystérieuse que le 474 sur lequel toutes les hypothèses restent ouvertes, y compris la probabilité d’avoir été happé par un triangle des Bermudes sorti de son orbite. Mais, on craint la loi des séries, l’année des boîtes noires logées dans les mers ou au cœur des forêts tropicales. Airbus, a en tout cas, un surcroît de travail et il le doit, cette fois-ci, à la police internationale des Airs. Car les dépêches sont formelles : cet appareil de la Yemenia était un véritable cercueil roulant interdit d’espace européen.

 Apparemment, il avait le choix d’aller ailleurs, d’aller tuer ailleurs. Ce qu’il a fait pour, au moins, soixante six citoyens européens et bien d’autres dont la vie n’était en rien inférieure à celles de leurs infortunés compagnons européens. S’il s’avère que cet appareil était sur une liste rouge et qu’il méritait d’y être, alors nous avons trois questions et une leçon à partager avec l’OACI. Quels sont les autres appareils ? Où se situe l’Afrique dans tout ça ? Pourquoi ne pas rendre publique la liste noire ou rouge ? Et pour l’enseignement : il ne sert pas à grand-chose de mettre dans les aéroports un dispositif sécuritaire aussi strict si l’avion qu’on s’apprête à prendre appartient à des actionnaires cent fois plus dangereux que Ben Laden. Car lui, au moins, s’est donné à Allah pas au superprofit.

 

Adam Thiam 
Source : Le Republicain