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Gabon / Succession : Les batailles pour le fauteuil se précisent Le Pm et le ministre de la Défense se sont livrés à un duel feutré devant les invités aux obsèques.
 

Des sources proches du parti présidentiel et du landernau politique gabonais faisaient état d'un intense bras de fer ces derniers jours entre Ali Ben Bongo, fils de son père et ministre d'Etat chargé de la Défense et le Premier ministre Jean Eyeghé Ndong pour la gestion de la transition. Ce dernier accusait, selon ces personnalités généralement bien informées à Libreville, le fils du président de vouloir passer en force sans respecter la Constitution.
Mais peu de gens se doutaient que la cérémonie des obsèques officielles, et notamment le segment réservé aux oraisons funèbres, donnerait l'occasion des clarifications des ambitions de l'un et de règlement de comptes de l'autre. Il n'a en effet échappé à personne que Ali Ben Bongo n'a pas seulement parlé en tant que responsable de la famille du défunt président (ce qui était déjà une remarquable prouesse, compte tenu des déchirements internes), mais plus encore comme futur chef de l'Etat. Il s'est ainsi engagé à "aborder sereinement" l'avenir du Gabon, en même temps qu'il disait prendre, essuyant une larme (ou son œil), "l'engagement solennel de garder allumée, avec l'aide de nos concitoyens, la flamme sacrée de l'harmonie familiale, de la concorde républicaine et de l'unité nationale".

Une ambition désormais clairement affichée de celui qui est encore ministre de la Défense, ex-chef de la diplomatie, et qui s'était montré en première ligne depuis le décès de son père, annoncé officiellement le 8 juin. Il est apparu fréquemment à la télévision et s'est montré très présent aux côtés de la présidente intérimaire Rose Francine Rogombé, chargée par la Constitution d'organiser un scrutin présidentiel.
Souvent pris à partie dans sa gestion catastrophique de l'annonce du décès de Omar Bongo Ondimba, le Premier ministre, Jean Eyeghe Ndong, probablement assuré de quitter la tête du gouvernement dans les prochains jours, a choisi de régler ses comptes devant tous les invités de celui de qui il a reconnu avoir tout appris en politique. Mais au-delà de l'hommage à l'illustre disparu, le Pm s'est surtout adressé à la classe politique du parti au pouvoir qu'il a accusée de toutes sortes d'intrigues et de coups bas.

Dans ce qui est apparu comme un mise en garde, le chef du gouvernement s'est adressé dans son oraison funèbre au président défunt: "Vous qui avez toujours dit avec force, notamment ces derniers temps: "La Constitution, rien que la Constitution", a-t-il dit comme pour prendre à partie Ali Bongo qui venait de le devancer sur la scène. Il puisera même dans les références bibliques et, surtout, dans l'histoire politique de la France (notamment à la suite de la mort du président Georges Pompidou et les successeurs autoproclamés) pour indiquer que le Gabon devait garder sa spécificité pour ne pas se laisser aller à la précipitation..
Selon Jean Eyeghé Ndong, les Gabonais et notamment les jeunes doivent "rejeter les dissensions, les guéguerres, les luttes effrénées, personnelles ou autres". "L'avenir du Gabon est entre leurs mains (...) Il nous faut l'unité nationale, il nous faut la paix", a-t-il estimé. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Abdou Diouf, Blaise Compaoré et Paul Biya, entre autres, ont écouté attentivement, se sont souvent parlés entre eux, et ont assurément pris conscience de l'importance des enjeux.

 

A.B.B. Source AFP