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Guinée : La poudrière sautera-t-elle ? 
 

«Vous n’êtes pas candidat en 2009, mais le seriez-vous en 2010’’ ? La question d’un diplomate occidental en poste à Conakry avait mis le capitaine Moussa Dadis Camara dans une de ses fureurs dont il a seul le secret.  Fronde ou prémonition, l’homme fort de Conakry ne peut plus éviter la question et sa réponse aujourd’hui est plus proche de l’affirmative. Moussa Dalen Diallo et les  ‘’Forces vives’’ qui l’appellent à ne pas se présenter à la présidentielle maintenant fixée pour janvier prochain avancent  deux raisons : d’abord, que le capitaine avait promis au lendemain de sa prise de pouvoir qu’il céderait le pouvoir aux civils à la fin de la transition, et ensuite que la candidature de Dadis déséquilibrerait le jeu démocratique et conduirait à des élections contestables. Ni l’ancien Premier ministre de Lansana Conté ni le redoutable rassemblement qui a ébranlé en 2007 le pouvoir du président défunt n’ont, à bien y regarder, de chances d’être entendus. En proclamant, avec son style habituel que personne ne peut l’empêcher d’être candidat en 2010, Dadis, certes n’est pas en train de faire acte de candidature, mais c’est clair comme l’eau de roche qu’il ne l’exclut plus. C’est donc la jurisprudence mauritanienne qui  risque de prévaloir à Conakry. Sauf que le Quai d’Orsay vient de rappeler  au chef de la junte guinéenne que les membres du CNDD ne sauraient être candidats à la présidentielle conformément aux « engagements » du capitaine lui-même. Il est vrai que le Général Abdel Aziz ne s’était pas engagé, lui, à ne pas briguer la magistrature suprême.  D’où cette seconde jurisprudence : après un putsch, ne vous engagez jamais à ne pas être candidat, sinon vos mots vous rattrapent !  Le reste de la Communauté internationale suivra t- elle la  France ? Probable ! La Guinée ne peut pas agiter l’épouvantail Al Qaeda. Elle est riche en ressources minières mais pas en minerais stratégiques comme le pétrole ou l’uranium. Et puis, le fougueux capitaine pourrait être moins rassurant pour l’Occident que les leaders des grands partis politiques locaux. Ce qui voudrait dire que la junte n’aura pas pu capitaliser à l’internationale sa croisade menée tambour battant contre le narcotrafic. Dadis entendra t-il l’avertissement de Kouchner ?  Ce sera, certainement le dernier de ses soucis. Mais les Forces Vives et les grands partis politiques ne pouvaient rêver de meilleur soutien. L’eau du fleuve Mano est décidément crisogène.
Adam Thiam

Source: Le Republicain - Mali