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Il croyait que l’on pouvait «multiplier» les billets : Le commerçant crédule se fait délester de 8 millions
 

Touré est commerçant-détaillant à Kalabancoura. Il se débrouillait bien avec sa petite boutique. Mais lui seul peut désormais expliquer comment lui est venue l'idée de vouloir achalander davantage sa boutique, alors qu'il n'avait pas d'argent. Il commit alors l'erreur d'approcher Willy et Jackson, deux ressortissants Sierra Léonais nouvellement arrivés dans le quartier.

 

Touré était étonné des sommes que les deux étrangers dépensaient dans sa boutique. Ce qui l'intriguait, c’est que les deux jeunes, qui s'exprimaient en anglais, payaient à chaque fois avec des billets flambant neufs. Par curiosité il alla dans une banque proche, les présenter et se rassura quand on lui annonça qu’ils étaient vrais.

Le dimanche 16 août, les deux hommes se présentèrent comme étant Willy et Jackson, des hommes d'affaires Sierra Léonais arrivés à Bamako à l'invitation d'une personnalité du gouvernement. "A cause de ta gentillesse, lui confia Willy, nous allons t’expliquer d'où viennent tous nos sous".

Willy et Jackson entraînèrent alors le boutiquier dans une antichambre. Willy ferma le battant et demanda  àTouré de fermer les yeux. Les deux bandits se mirent à réciter des prières. Quand Willy demanda à Touré d'ouvrir les yeux, le boutiquier fut tout ébahii. Jackson était assis sur un tas de billets de banque. Il n'en avait jamais vu autant de sa vie. "Tout ce argent est pour toi. Seulement, il faudra que tu remplisses certaines conditions pour l’avoir". Ils étaient en train de discuter quand le tas d'argent disparut. "Maintenant que tu sais de quoi nous sommes capables, on peut discuter affaires". Ils tombèrent d'accord sur 8 millions de FCFA. Touré devait aussi se munir d'un cadenas neuf pour boucler la porte, le temps que les génies fassent le travail. Rendez-vous fut pris pour le mercredi 19 août à minuit, le temps de permettre au boutiquier de réunir l’argent convenu.

Le vendredi à minuit, les deux étrangers étaient là. Sans perdre de temps, Touré, muni d'une grosse enveloppe les invita dans l'antichambre. A la lumière de trois bougies,  Jackson vérifia que la somme était au complet et plaça l'enveloppe dans un coin. Entre-temps Willy traça un cercle au beau milieu de la pièce, avant d'inviter son complice et Touré à venir s'agenouiller dedans. "Garde ton sang-froid, même s'il y a des bruits ou des apparitions. Surtout ne quitte pas le cercle, c’est ta seule garantie", recommanda-t-il au boutiquier. Il éteignit les trois bougies et se mit à faire des incantations.

Willy demanda à tout le monde de quitter l'antichambre sans regarder en arrière, referma la porte et remit les clés à Touré. Touré ne s’inquiétera que le 21 août. Ses deux inséparables amis étaient devenus introuvables, alors qu'ils passaient la plupart de leur temps devant sa boutique. Il patienta jusqu'à minuit. Finalement il décida d'ouvrir la porte. Le ciel lui tomba sur la tête quand il découvrit que le tas d'argent avait disparu. Il s'empressa alors de ramasser l'enveloppe, jetée dans un coin, croyant au moins y trouver ses 8 millions. Malheureusement, celle-ci ne contenait plus que des coupures de journaux. Il courut chez le logeur des deux voleurs pour affronter enfin la triste réalité. Willy et Jackson étaient partis sans laisser d’adresse. Il leva les mains au ciel et s'écroula au sol.

 

Pierre Fo’o MEDJO

maliweb